Hypnothérapeute à Pau
Chantale VIALLEFONT

Et si votre alimentation mettait en danger vos arrières petits-enfants?

Des études montrent que l’impact négatif sur le coeur de l’obésité et du diabète peuvent être encore présents après plusieurs générations.

Notre hygiène de vie (alimentation, activité physique…) a des conséquences sur notre santé… et sur celle de nos descendants. Une étude américaine a montré chez la souris que des problèmes cardiaques causés par l’obésité se retrouvaient chez les descendants des parents obèses pendant au moins trois générations, et ce même si les nouvelles générations n’étaient pas elles-mêmes en surpoids. 

«On savait déjà qu’une diète trop grasse et trop sucrée avait un impact négatif sur le cœur, mais maintenant nous avons vu que ces conséquences sont plus graves chez la progéniture que sur les parents qui ont consommé cette alimentation», explique la chercheuse Kelle Moley, spécialiste en santé reproductive à l’université Washington de St. Louis, aux Etats-Unis. Dans cette recherche, publiée dans la revue scientifique American Journal of Physiology en mars 2019, des souris ont été rendues obèses avec une diète riche en gras et en sucre. Cela a entraîné des déficiences cardiaques chez leur progéniture, alors que les parents ne présentaient pas ces déficiences. Plus surprenant encore, ces insuffisances cardiaques étaient présentes jusqu’à trois générations après, même si les nouvelles générations mangeaient une diète normale et n’étaient pas obèses.

Des défauts énergétiques à l’origine des déficiences cardiaques

Dans une étude précédente, publiée dans le journal Cell en 2016, Moley et son équipe avaient trouvé que l’obésité causait des défauts au niveau des mitochondries (les centrales énergétiques de nos cellules) et que ces défauts étaient hérités pendant plusieurs générations. Les mitochondries affectées ne pourraient pas produire assez d’énergie pour alimenter le cœur, entraînant des insuffisances cardiaques.

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«Nous pensions que ces déficiences cardiaques étaient dues à des modifications de l’ADN mitochondrial», qui est différent de l’ADN dit «nucléaire», celui situé au cœur de nos cellules dans les chromosomes. Or cet ADN mitochondrial a la particularité de n’être transmis que par la mère. «Mais dans cette nouvelle étude nous avons vu que le père peut aussi transmettre ces défauts métaboliques», s’étonne Kelle Moley. Ils ne sont donc «pas causés seulement par l’ADN des mitochondries mais aussi par l’ADN nucléaire, qui est important pour le fonctionnement mitochondrial et qui peut être transmis par le père». 

Transmission épigénétique?

«L’obésité et le diabète altèrent l’épigénome, c’est-à-dire l’ensemble des modifications faites au génome pour adapter son expression au contexte environnemental»

Valérie Grandjean, spécialiste en expression génétique à l’Université de Nice

Cependant, il ne s’agirait pas de modifications directement sur les gènes (ou mutations génétiques), mais sur des éléments qui régulent leur expression. «L’obésité et le diabète altèrent l’épigénome, c’est-à-dire l’ensemble des modifications faites au génome pour adapter son expression au contexte environnemental», explique Valérie Grandjean, spécialiste en expression génétique à l’Université de Nice. Pour s’exprimer, un gène est en effet d’abord transcrit en ARN, une sorte de version mobile de lui-même qui transmettra ses «ordres» pour fabriquer des protéines. L’épigénome modifie cette mécanique, sans que le gène lui-même soit altéré.

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«Ces éléments épigénétiques peuvent se retrouver dans les cellules germinales (les ovocytes et les spermatozoïdes) des parents, et ainsi passer à la génération suivante», révèle Valérie Grandjean. C’est ainsi que les modifications provoquées par l’obésité dans le fonctionnement des mitochondries passeraient aux générations suivantes. 

Mais l’épigénome s’adapte constamment à notre environnement, y compris notre alimentation. Donc, pourquoi ces modifications épigénétiques subsistent après plusieurs générations, malgré le retour à un régime normal? La chercheuse Valérie Grandjean et Bernard Portha, spécialiste du pancréas à l’Université Paris-Diderot, ont fait l’inventaire des données scientifiques disponibles sur ce sujet, dans une revue publiée en janvier 2019 dans le journal Nutrients. «Plusieurs études montrent ce type de transmission transgénérationnelle, mais le mécanisme exact n’est pas encore connu», reconnait Bernard Portha. «Ce que ces travaux montrent est que l’obésité chez nos ancêtres est un facteur de risque à prendre en compte. Mais ce n’est pas irréversible, avec une bonne hygiène de vie nous pouvons compenser ce mauvais héritage», conclut Valérie Grandjean. 

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Nicolas Gutierrez C.

Mis à jour   - Publié 


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